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Nouvelles cultures: du riz dans la région des Trois-Lacs

12 Aug 2019
(ats/agir) - Le réchauffement climatique permet de nouveaux types de cultures en Suisse comme le riz, la patate douce ou le quinoa. Une rizière a vu le jour au pied du Mont-Vully, au bord du canal de la Broye, à Lugnorre (FR), un projet-pilote soutenu par Agroscope.

"Si le climat continue de changer, c'est possible que le riz remplace d'autres cultures", a déclaré à Keystone-ATS Léandre Guillod, ingénieur agronome. Le maraîcher, qui travaille avec son frère Maxime et ses parents, a tenté l'expérience.

Sur un terrain de 3000m2, inondé en surface grâce à l'eau pompée dans le canal de La Broye, le maraîcher a semé des plants de riz à risotto. "C'est un essai. Il est possible que nous ne récoltions rien. Le chaud de cet été n'a pas permis de rattraper le retard d'environ un mois dû aux fraîches températures de mai", a ajouté Léandre Guillod. La période actuelle va être déterminante. "Le riz est en train de fleurir. Il faut qu'il fasse beau et chaud pour que le vent permette la pollinisation. En cas d'humidité, le pollen ne vole pas bien", a précisé le trentenaire. Il faut également que l'eau qui inonde la parcelle ne descende pas en dessous de 20 degrés. "Même en Camargue, s'il fait une période fraîche et humide d'une semaine quand le riz fleurit, les pertes peuvent se monter à 50%", a expliqué l'ingénieur agronome.

Avec le retard pris au printemps, la céréale devrait pouvoir être récoltée dès la mi-octobre. Si l'essai est concluant, un peu moins d'une tonne de riz pourrait être attendue. A titre de comparaison, le Tessin, seule région de Suisse qui produit du riz au-delà du stade expérimental, mais toutefois de manière sèche comme du blé, en récolte 450 tonnes par an.

Jusqu'à 60'000 tonnes sont importées en Suisse chaque année. "Il y a un vrai potentiel commercial et un intérêt des consommateurs à manger du riz local", a ajouté Léandre Guillod.

Si les deux frères Guillod se sont lancés dans l'aventure du riz, c'est tout d'abord parce qu'ils sont les seuls en Suisse à maîtriser le système de nivelage de précision pour l'agriculture.

"Le sol doit être parfaitement régulier, si l'on veut inonder une parcelle et qu'il y ait 10 centimètres d'eau partout".

Les maraîchers, actifs dans la culture de la doucette, ou rampon, ont proposé leur savoir technique au Groupement d'intérêt Riz humide suisse - dont fait partie la station fédérale de recherches Agroscope - pour mener des essais dans différentes régions en Suisse, proches de cours d'eau, soit à Witzwil (BE), à Bavois (VD), dans la région biennoise et en Argovie.

"Planter du riz représente un risque financier et entraîne des coûts au niveau du nivelage du terrain et en terme de main d'oeuvre pour le désherbage qui se fait manuellement", a ajouté Léandre Guillod. Les maraîchers, qui ont tenté l'aventure, sont soutenus, via le Groupement d'intérêt qui a payé le nivelage du terrain et l'achat des semis. Toutefois, une grande partie de l'argent investi va pour le suivi et l'échange d'expériences entre participants au projet-pilote. De nombreuses recherches sont menées, notamment sur le recensement des espèces animales. "Ces zones humides, de plus en plus rares en Suisse, sont aussi favorables à la biodiversité", a expliqué l'ingénieur en pointant du doigt libellules et grenouilles.

Outre, le riz, quelques agriculteurs de Suisse romande, au Val-de-Ruz (NE) et au Mont-Gibloux (FR) notamment, se sont lancés dans le quinoa. "La lutte contre les mauvaises herbes, qui se fait à la main, est une des principales difficultés de ce type de cultures", a expliqué Samuel Chassot, qui possède une ferme avec son frère Baptiste au pied du Mont-Gibloux.

Le quinoa, originaire des hauts plateaux andins, réagit bien aux étés secs et chauds. "C'est la troisième année que l'on en produit et l'on espère un très bon rendement cette année, comme l'an dernier", a ajouté l'agriculteur. Vendu directement à la ferme, le quinoa permet d'être rentable, "de bien nous rémunérer à l'heure et de pouvoir compter toutes nos heures, ce qui n'est pas le cas de toutes les cultures en Suisse".